Sur LinkedIn, il faudrait faire court pour attirer les recruteurs ? FAUX !

Régulièrement des articles sont écrits sur le web pour vous donner des astuces pour optimiser votre présence sur LinkedIn. Comme pour tout sujet, il y a des choses vraies, intéressantes et puis de temps en temps, des erreurs. Quand il s’agit de « petites erreurs » on peut les laisser passer, mais là ce n’est pas possible. Si le sujet que je vais aborder ici n’est pas bien compris cela peut avoir de graves conséquences sur la démarche de recherche d’emploi pour les cadres et dirigeants.

Récemment je tombe sur cet article « Que faut-il changer sur votre profil LinkedIn pour attirer les recruteurs ? » de Timothée DECAUDIN sur myrhline.com et je lis deux grosses bourdes : « un résumé d’environ 5 lignes peut suffire » et « il faut raccourcir au maximum la description de l’expérience pour que le recruteur ait simplement envie d’en savoir davantage ». Cela fait partie des nombreux articles où l’on vous dit ce qu’il faut faire mais jamais on ne vous explique pourquoi.

Ce matin, c’est pire car au départ le sujet abordé par les journalistes repose sur une étude menée par des chercheurs ! Donc je tombe tout d’abord sur cet article « Pourquoi il ne fait pas surcharger son profil LinkedIn » de Thibaut Déléaz sur Le Point.fr puis sur « LinkedIn : l’étude qui prouve qu’il ne faut pas en dire trop sur votre profil » de Anthony Arianfar sur Start.lesechos.fr. Les articles ont été rédigés sur la base d’une étude menée par Jean Pralong, professeur et chercheur en ressources humaines à EM Normandie. Les chercheurs ont présenté des faux profils numériques sur les modèles de  LinkedIn et Video, (au passage il faudra leur dire qu’au moins sur Paris et l’Ile de France, Viadeo n’est plus utilisé par les cadres et dirigeants en transition professionnelle) à 231 recruteurs.

A ce stade, dans la vraie vie, voilà comment ça se passe :

Le cadre ou dirigeant, en transition professionnelle choisit, décide d’être présent sur LinkedIn pour viser 4 objectifs :

  1. Que LinkedIn soit un support à sa démarche Réseau, c’est à dire qu’à chaque fois qu’il va rencontrer quelqu’un de nouveau, dès la prise de contact, son profil, par la qualité des informations renseignées, lui permette d’inspirer confiance.
  2. De faire partie des premiers résultats de recherche. LinkedIn est une gigantesque base de profils (et non pas de CV, parce que là aussi certains confondent CV et profil LinkedIn, mais laissons cela de côté) et donc fonctionne comme une gigantesque base de données. Avec 6,8 millions d’utilisateurs actifs en France, vous comprenez bien que si votre profil LinkedIn est faiblement renseigné, vous ne ferez jamais partie des premiers résultats de recherche. Le profil LinkedIn teasing ça ne fonctionne pas !
  3. Se faire repérer par des personnes qui ne le cherche pas forcément. Cela implique d’être connecté à de très nombreuses relations et d’être actif sur LinkedIn. Cela n’a pas grand chose à voir avec l a quantité d’informations renseignées sur votre profil.
  4. Soigner son personal branding sur LinkedIn autrement dit l’image professionnelle qu’il renvoie de lui même sur LinkedIn.

Vous aurez compris que si vous ne dites pas grand chose dans la zone Infos, si vous ne détaillez pas vos expériences professionnelles, vos chances que l’algorithme trouve pertinent votre profil LinkedIn vis à vis des 6 ou 7 mots clés que va saisir le recruteur pour trouver quelqu’un comme vous, sont très faibles voire inexistantes. Et oui, dans la vraie vie, si on vise l’objectif n°2, il n’y a pas quelqu’un qui apportera sur un plateau d’argent votre profil LinkedIn auprès des recruteurs ! Donc si vous suivez les préconisations décrites dans ces articles, vous pouvez faire toute de suite une croix sur l’objectif 2 !

Y-a-t-il des exceptions ? Je dois vous mettre dans la confidence, oui il y a des exceptions. Parmi mes clients, oui, il arrive que l’on décide de ne pas viser l’objectif 2 et de réaliser un profil teasing, donc un profil très synthétique. Cela concerne une très faible population, il s’agit de certains dirigeants et pour vous donner une idée ils gagnent tous au dessus, voire bien au dessus de 200k€ brut par an. En dessous, sincèrement, ne vous posez pas la question, car d’un point de vue scientifique purement mathématique, ne pas viser faire partie des premiers résultats de recherche vous priverait de très nombreuses opportunités.

Certes, on peut essayer de se montrer synthétique dans toutes les zones juste avant le lien voir plus qui permet d’afficher plus de détails. Par exemple, pour le résumé LinkedIn (que l’on appelle zone Infos aujourd’hui), LinkedIn tronque de toute façon très vite le texte pour en afficher peu. Et peu importe si les êtres humaines lisent ou pas votre prose, et il y a de fortes chances que beaucoup ne la lise pas ou très vite, vous devez utiliser au maximum cette zone parce que tout simplement c’est grâce à elle et d’autres que vous serez trouvé ! Je me souviens d’un de mes clients, il y a deux ans, il déjeune avec un chasseur de têtes et m’appelle, un peu inquiet l’après-midi et il me dit : « Philippe, j’ai déjeuné avec un chasseur de tête aujourd’hui et il m’a félicité sur la qualité de mon profil LinkedIn. En revanche, il m’a dit que mon résumé et aussi un peu mes expériences mais surtout mon résumé, étaient trop détaillés. Sur ce, je lui ai demandé comment il avait connu ce chasseur de têtes et il m’a répondu : « grâce à LinkedIn ». Autrement dit grâce à l’algorithme ! S’il n’y avait pas eu tous ces détails, mon client n’aurait pas fait partie des premiers résultats de recherche des recruteurs et n’aurait jamais déjeuner ce jour là avec le chasseur.

Je me souviens également, il y a quelques années, lorsque notre livre Recherche d’Emploi – Secrets de Pros est paru, nous étions, Hervé Bommelaer, Nicolas Pavesi et moi à l’ESCP pour animer une conférence auprès de la dernière promotion MBA de l’école. Nicolas, chasseur de têtes, prend la parole en premier pour expliquer qu’il préfère des résumés LinkedIn courts. Je fais partie d’un club de chasseurs de têtes et c’est un avis partagé chez eux effectivement. Mais j’ai ensuite pris la parole pour expliquer que c’est logique que le chasseur de têtes pense cela mais que celui qui cherche un job, s’il veut se rendre visible auprès d’eux et profiter de toutes les possibilités qu’offrent LinkedIn, n’a pas d’autres possibilités que de renseigner son profil LinkedIn au maximum.

A propos du niveau de détail du résumé LinkedIn (zone Infos), vous avez remarqué ? Il y a peu de temps, LinkedIn a changé les règles et il nous autorise désormais à utiliser près de 2590 caractères espaces compris au lieu de 2000 ,jusqu’à présent. A votre avis, ce n’est pas pour les remplir ?

Je vais vous donner un secret : l’une des zones les plus importantes à renseigner, en quantité et en qualité c’est bien le résumé ! Conseiller d’y écrire 5 lignes est un véritable scandale !

Autre confidence, je connais beaucoup de recruteurs qui préfèrent lire votre profil LinkedIn que votre CV parce qu’ils s’attendent à trouver bien plus d’informations sur votre profil LinkedIn que sur votre CV d’une part, et d’autre part, ils pensent que les informations y seront plus fiables puisqu’elles sont lisibles par tous le monde tous les jours ! Et combien de fois, mes clients me rapportent que dès le début de leurs entretiens, ce sont bien les 6 ou 8 pages de leur profil LinkedIn que le recruteur a imprimées et a devant lui sur la table et non pas leur CV.

J’ai un deux petits services à vous demander. Le premier : si vous trouvez des articles qui préconisent d’écrire peu de choses sur LinkedIn, indiquez nous le lien vers celui-ci dans les commentaires juste en dessous ! Et puis, je ne le demande jamais mais je trouve que les conséquences à suivre ces mauvaises recommandations peuvent être tellement néfastes que cet article mérite d’être repartagé sur les réseaux sociaux, vous ne trouvez pas ?

Laisser un commentaire

Partagez
Tweetez
Partagez